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Les expositions immersives : nouvelle tendance ou effet de mode ?

Par Maxime
6 minutes

Plongée dans l’univers des expositions immersives

Depuis quelques années, les expositions immersives suscitent un véritable engouement dans le paysage culturel français. Salles obscures transformées en décors envoûtants, projections monumentales, environnements sonores 3D, interactivité et dispositifs sensoriels : les lieux qui proposent ces expériences ne cessent de se multiplier. Musées traditionnels, centres d’art contemporain, sites historiques et même galeries privées investissent ce format nouveau qui entend toucher le visiteur au cœur de ses émotions et transformer la simple visite en aventure mémorable.
Mais ce succès est-il le reflet d’une révolution durable dans la médiation culturelle ou assiste-t-on à un effet de mode appelé à s’essouffler ?


Qu’est-ce qu’une exposition immersive ?

À la différence d’une exposition classique où l’on circule devant des œuvres ou des objets, l’expérience immersive propose de plonger littéralement le public dans un univers reconstitué ou amplifié par la technologie. Elle mobilise une combinaison de médias : vidéos à 360°, sons spatialisés, senteurs, manipulations tactiles, réalité virtuelle ou augmentée, voire participation directe du public.


  • Projections monumentales : murs, sols et plafonds deviennent supports d’images mouvantes, souvent accompagnées d’une bande sonore travaillée.
  • Décors scénographiés : reconstitutions historiques, reproductions XXL ou environnements artificiels enveloppent le visiteur dans un récit sensoriel.
  • Dispositifs interactifs : capteurs, tablettes, applications mobiles invitent à devenir acteur de la visite, à manipuler ou à choisir son propre parcours.

La promesse ? Faire ressentir, non seulement comprendre. Susciter l’émotion, l’étonnement, voire la participation corporelle – et ce, quel que soit l’âge ou la familiarité du visiteur avec l’art ou le patrimoine.


Un phénomène en pleine expansion : chiffres et dynamisme

L’essor des expositions immersives est spectaculaire. Selon une récente étude de la Fédération française des Lieux Culturels Immersifs (FFLCI), plus de 150 structures en France ont proposé au moins une expérience immersive en 2023, attirant plus de 3 millions de visiteurs. La fréquentation de grands sites comme l’Atelier des Lumières (Paris), les Bassins des Lumières (Bordeaux) ou les Carrières de Lumières (Les Baux-de-Provence) dépasse régulièrement celles des musées traditionnels locaux.


  • Âge moyen du public : 27 ans pour l’immersif, contre 41 ans pour les expositions classiques.
  • Taux de recommandation : supérieur à 85%, notamment chez les familles et les millennials.
  • Durée moyenne sur site : supérieure de 30% à celle d’une visite d’exposition classique (enquête Terraresponsable 2023).

Les sujets abordés varient : grands maîtres de la peinture (Van Gogh, Monet, Klimt), cosmos et sciences, patrimoine industriel, futures villes durables ou engagement écologique. La souplesse du numérique permet de renouveler les contenus selon l’actualité, les tendances ou l’ambiance recherchée.


Pourquoi de telles expériences séduisent-elles autant ?

  • Effet “waouh” immédiat : l’immersion suscite le plaisir de l’étonnement et du spectaculaire, rendant les œuvres et les thématiques plus accessibles.
  • Accessibilité tous publics : familles, non-initiés ou scolaires s’approprient plus facilement une exposition immersive, grâce à la suppression de barrières liées au langage ou à la connaissance préalable.
  • Implication émotionnelle : une expérience incarnée facilite la mémorisation et l’adhésion, donnant parfois envie d’explorer davantage le sujet après la visite.
  • Réponse aux nouveaux usages : à l’ère du selfie, de l’escape game et du gaming, ces formats renouvellent l’image parfois “figée” de la culture.
  • Valorisation du patrimoine : les expositions immersives investissent d’anciens bâtiments et sites industriels, les transformant en lieux de vie et de mémoire (bâtiments patrimoniaux, friches urbaines).

Exemples terrain : immersion réussie ou simple divertissement ?

Les Bassins des Lumières à Bordeaux

En investissant l’ancienne base sous-marine, cette exposition monumentale adapte ses contenus aux enjeux locaux : séries sur l’écologie, la mer, la mémoire ouvrière. Plus d’un million de visiteurs en trois saisons, avec un fort impact sur l’économie locale (près de 200 emplois directs et indirects, selon la mairie de Bordeaux).


L’Atelier des Lumières à Paris

La première institution immersive urbaine de France propose des cycles mêlant artistes universels et thématiques contemporaines : “Voyages en Méditerranée”, “Japon rêvé”, “Chagall” mais aussi “Planète en métamorphose”. La diversité des publics, le bouche-à-oreille et la forte présence sur les réseaux sociaux font de chaque exposition un événement viral.


Expositions éphémères : tendances et limites

De nombreux musées et festivals testent les dispositifs immersifs pour renouveler leur offre : expositions sur la forêt du futur, la biodiversité, installations où le visiteur devient “gardien virtuel” d’un écosystème. Mais certaines critiques pointent le risque d'une expérience “gadgets”, où la technique prend le pas sur le fond, et la superficialité peut menacer la qualité du propos ou la compréhension scientifique/historique. C’est notamment le cas lorsque le storytelling laisse de côté l’approfondissement ou la contextualisation.


Méthodologie : réussir (et évaluer) une exposition immersive

Checklist pour une expérience vraiment enrichissante

  • Cohérence entre le sujet et la forme : le choix de la scénographie et des dispositifs doit renforcer le propos, pas le détourner.
  • Implication sociale et environnementale : conception éco-responsable, accessibilité des contenus, valorisation du patrimoine local, implication des publics dans la conception.
  • Interaction intelligente : proposer des manipulations ou choix de parcours qui renforcent l’appropriation sans tomber dans le simple gadget.
  • Évaluation régulière : solliciter des retours d’expérience, mesurer le temps de visite, l’engagement sur site et en ligne, la mémorisation des messages clés.
  • Outils complémentaires téléchargeables : guides de visite, fiches pédagogiques, trames d’ateliers participatifs téléchargeables après la visite.

Ressources et outils téléchargeables pour s’inspirer

  • Guide “Créer une exposition immersive éco-responsable” – modèle de cahier des charges adapté aux collectivités et associations.
  • Fiches méthodologiques pour organiser un atelier jeune public à partir d’une immersion numérique.
  • Checklist des points d’accessibilité (matériels, parcours, manipulation, traduction).
  • Trames de questionnaires visiteurs pour mesurer l’expérience vécue et son impact sur l’envie d’engagement ou de poursuite de la visite (en famille, à l’école, en club).
  • Annuaire des principaux acteurs et lieux immersifs en France, par région, avec retours d’expériences.

Témoignages d’acteurs et de visiteurs

« J’ai emmené ma classe à l’Atelier des Lumières : les élèves se sont montrés plus attentifs qu’en musée classique, et en rentrant, ils ont voulu peindre “à la façon de Van Gogh” pour continuer l’expérience. L’immersion a vraiment donné envie d’aller plus loin. » – Marine, professeure d’arts plastiques

« Nous avons conçu notre exposition en lien avec des associations locales : le public a pu télécharger une application pour “adopter numériquement” un arbre et suivre l’évolution de sa forêt après la visite. Cela crée du lien et prolonge l’engagement. » – Hugo, programmateur événementiel à Nantes

« C’est beau, impressionnant, mais parfois on se sent spectateur plus qu’acteur… Je préfère quand il y a de vrais ateliers ou des rencontres avec les artistes. » – Lucie, visiteuse régulière

Effet de mode ou transformation durable ?

On l’aura compris : l’exposition immersive ne se contente plus d’être un gadget marketing ou un simple divertissement. Elle devient, lorsqu’elle est bien conçue, un outil puissant au service de la médiation culturelle : elle attire de nouveaux publics, relie émotion et savoirs, valorise les patrimoines endormis ou les grands récits de société (écologie, diversité, mémoire). La tendance, portée par le boom du numérique, devrait se poursuivre, d’autant que les enjeux d’accessibilité et d’impact environnemental deviennent centraux pour les institutions et les visiteurs.


Cependant, le risque de lassitude existe si le fond ne suit pas la forme, ou si la surabondance d’offres interroge la cohérence des sujets. Certaines voix appellent déjà à un retour du sens, de la rencontre humaine et du travail de médiation pour faire de l’immersif un véritable levier de transformation durable du paysage muséal et éducatif.


Conseils pratiques pour décrypter et apprécier une expérience immersive

  • Préparez votre visite avec un objectif (découverte, approfondissement, partage en famille…).
  • N’hésitez pas à télécharger les supports d’accompagnement proposés avant ou après la visite.
  • Demandez s’il existe des ateliers pratiques ou rencontres pour compléter l’expérience en direct.
  • Repérez les initiatives qui s’inscrivent dans une démarche durable (scénographie, sélection des partenaires, implication sociale ou environnementale).
  • Partagez vos impressions, vos photos et vos coups de coeur sur les plateformes spécialisées afin d’aider d’autres visiteurs à choisir une expérience adaptée.

Conclusion : une tendance à suivre… avec sens critique !

Les expositions immersives ouvrent de nouveaux horizons : elles rendent la culture plus inclusive, plus vivante et souvent… plus inoubliable. Pour autant, leur pérennité dépendra de la capacité des acteurs à placer sens, exigence de fond, dialogue et engagement citoyen au cœur de l’expérience proposée.
À suivre donc, car si la forme évolue, seul un contenu solide et une démarche authentique pourront inscrire “l’immersion” comme un véritable pilier d’une culture responsable et accessible à tous. Que la visite immersive soit pour vous le début d’une (re)découverte durable de l’art et du patrimoine !


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